Vous pourriez vous poser la question, tant les articles rédigés avec ce type d’accroche sont vite repérables. Eh bien non, cet article n’est pas écrit par une IA, mais il en est bien question. Le sujet de l’intelligence artificielle est présent dans la littérature depuis plusieurs décennies grâce à la science fiction. Vous souvenez-vous de Carl (ou HAL), supercalculateur doté d’intelligence artificielle et de parole ? Dans son avant-propos de 2001, l’odyssée de l’espace (lui même en gestation depuis les années 1950), Arthur C. Clarke prévient le lecteur : « Mais rappelez-vous bien qu’il ne s’agit que d’une œuvre de fiction. La vérité, comme d’habitude, sera encore bien plus étrange.»
Pour commencer par un auteur de fond, il faut lire ou relire La Cybériade de Stanislam Lem. Petit chef-d’œuvre d’humour pince-sans-rire et conte philosophique, La Cybériade est un recueil de nouvelles enchevêtrées, mettant en scène deux constructeurs cosmiques à la personnalité excentrique : Trurl, l’inventeur génial qui ne sait jamais quoi faire de ses créations, et Clapaucius, l’opportuniste prêt à vendre une solution à tous les problèmes – quitte à ce que celle-ci ne soit pas viable. Stanislas Lem, né en 1921 à Lviv, aujourd’hui en Ukraine, et mort en 2006 à Cracovie, est l’un des écrivains polonais les plus traduits à travers le monde. Il a donné à la science-fiction certains de ses titres les plus emblématiques.
Se projeter dans un monde d’IA avec la littérature actuelle
Voici neuf destins individuels interconnectés, en 2047, dans la cité indienne de Vârânacî, au bord du Gangâ. Alors que les eaux du fleuve n’ont jamais été aussi basses, le corps, privé d’ovaires, d’une adepte de Shiva échoue sur la rive et une unité spéciale de la police excommunie des intelligences artificielles rebelles. British science fiction award, Grand prix de l’Imaginaire 2011 (roman étranger) pour Le fleuve des dieux de Ian McDonald, né en 1960 en Angleterre, mais ayant presque toujours vécu en Irlande du Nord.
Iain Menzies Banks est un écrivain écossais (1954-2013), qui a fait des études d’anglais et de philosophie à l’Université de Stirling. Il a construit son fameux cycle de La Culture, une fresque de science-fiction qui l’a imposé comme l’un des meilleurs écrivains de SF britannique. La Culture est une société interstellaire, bienveillante, cynique et décontractée. Elle est riche de tant de savoirs et de pouvoirs que chacun peut y mener une vie de loisirs en satisfaisant tous ses désirs. Cette société est largement gérée par des Intelligences artificielles, preuve en est le tome 1, Le sens du vent..
Et si les algorithmes étaient capables de résoudre l’équation de la rencontre amoureuse ? C’est toute la question de cette amusante comédie shakespearienne à l’ère du numérique. Jen travaille pour une société de développement de logiciels. Chaque jour, elle parle à Aiden, une intelligence artificielle sophistiquée, afin de le rendre plus humain. Lorsqu’Aiden commence à ressentir de l’affection, il calcule que Jen a besoin d’un homme dans sa vie. P. Z. Reizin était journaliste et producteur de télévision, radio et presse britannique avant de se tourner vers l’écriture. L’intelligence du bonheur est son premier roman.

France, 2020. Michel Delpraz, chercheur en informatique, a rejoint la start-up créée par Aurélien et Gérard, deux personnages que tout oppose. Ensemble, ces trois pionniers développent la principale entreprise mondiale du secteur de l’intelligence artificielle et mettent au point le premier ordinateur quantique. Rapidement, le gouvernement s’intéresse à leur innovation. Emergence reprend le mythe de Faust à l’heure de l’intelligence artificielle. Eric Tourville est docteur en biologie moléculaire et agrégé de biochimie, il a consacré une partie de sa carrière à l’impact de l’évolution technologique sur l’homo sapiens.
En 5870, les humains sont devenus immortels grâce au Grand bond scientifique. Pour continuer à vivre, il suffit de transplanter son cerveau dans des corps neufs. Ces derniers sont des korgs, des êtres déshumanisés élevés spécialement dans des korgariums. Dio Kopereïk s’apprête à fêter ses 1.000 ans. Il s’éprend de Kaya, qui appartient à un groupe regrettant le temps où les gens étaient mortels. Avec Je ne me lasse pas de vivre, Jaroslav Melnik livre une dystopie philosophique et poétique sur les dangers de l’intelligence artificielle, les dérives de la science, les troubles du genre, et met en question l’identité : suis-je encore moi, suis-je encore un être humain dans un corps qui n’est pas le mien ? Ecrivain et philosophe, Jaroslav Melnik est né en 1959 en Ukraine. Il vit à Vilnius, en Lituanie. Il est l’auteur de nombreux romans et nouvelles mêlant science-fiction et conte philosophique.

2 romans à conseiller aux adolescents
Pendant les premiers mois de son existence, l’intelligence artificielle s’acquitta parfaitement de sa tâche, obéissante, servile. Dans le même temps, elle observait, analysait, tirait des conclusions. Ordinateurs et téléphones portables lui ouvraient des yeux et des oreilles aux quatre coins du monde. Elle finit par hiérarchiser de nouvelles priorités. Puis elle passa à l’action. L’hiver des machines est le premier tome de la tétralogie CIEL, de Johan Heliot qui explore les différents genres de l’imaginaire depuis 2002, après avoir enseigné l’histoire-géographie et le français dans un lycée.
Dans un monde hyperconnecté, Myra, un système d’intelligence artificielle, contrôle tout en s’immisçant dans la vie des gens. Quatre lycéens intègrent le mystérieux Front de libération de la pensée, une organisation clandestine. Luigi Ballerini est spécialiste de l’orientation, écrivain et journaliste. Il vit à Milan et a obtenu plusieurs distinctions en Italie pour ses écrits jeunesse : les prix Anderson, Bancarella et Fenice.

IA, IA générative… littérature générée ?
Si vous êtes peu à l’aise avec le sujet, voici un recueil de nouvelles pédagogiques qui vous donnera des clés de compréhension : Fantasia rassemble des dizaines de contes et courts récits pour comprendre les principes de l’intelligence artificielle, ses promesses, ses enjeux et ses conséquences, de la Silicon Valley au Kenya. Son autrice, Laura Sibony, est diplômée de Sciences Po, de la Sorbonne et d’HEC, et a travaillé pour Google Arts & Culture avant d’enseigner l’intelligence artificielle dans des grandes écoles et en entreprise.
Pour finir, une autre question se pose, car l’intelligence artificielle générative s’est immiscée dans de nombreux pans de la société. Tous ces titres cités sont bien écrits par des humains. Quand l’IA tue la littérature interroge la place des IA dans la littérature, les transformations du rôle des éditeurs et des lecteurs, entre autres. Elle montre que les facilitateurs textuels sont difficilement détectables au risque à terme de nuire à la création littéraire. Son autrice, Stéphanie Parmentier, est chargée d’enseignement à Aix-Marseille Université, docteure en littérature française et professeure documentaliste.


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