Comme à chaque rentrée littéraire, le choix est difficile ! Que mettre dans sa pile à lire ? Sur les 484 romans qui concourent aux prix littéraires d’automne, 344 ont été écrits en français (dont 73 sont des premiers romans) et 140 sont traduits. Focus sur 3 parutions qui méritent qu’on leur prête attention.

Jonathan Coe croise plusieurs genres pour aborder les réalités sociétales

Laissons Gallimard planter le décor :  » L’arrivée de Liz Truss au 10, Downing Street. Des ultraconservateurs réunis dans un vieux manoir. Une société secrète d’étudiants en plein Cambridge. Plusieurs morts mystérieuses. Des jeunes femmes en quête de vérité. Et une vieille inspectrice bien trop gourmande… Voici quelques ingrédients du nouveau roman virtuose de Jonathan Coe, le plus brillant et charming des auteurs britanniques, qui se joue ici des codes du polar pour mieux dénoncer montée des extrêmes et désinformation. »

L’écrivain britannique a été propulsé sur la scène internationale en 1994 avec « Testament à l’anglaise« . Le voici quelques romans plus tard avec « Les preuves de mon innocence« . Comme de coutume l’auteur s’inspire des réalités sociétales et politiques du Royaume-Uni des dernières décennies avec leurs implications sur la vie de ses compatriotes – d’ailleurs souvent en écho avec les réalités de leur voisins européens. Ce roman puise cette fois sa forme dans différents genres littéraires eux aussi marqueurs de notre époque. Dans un article de « Lire magazine » d’octobre, Jonathan Coe explique son point de départ : après son précédent roman et en recherche de légèreté, il a découvert le genre du « cozy crime », du policier gentil et sans violence. Le roman est lancé, mais pour se complexifier il fallait puiser plus loin… dans la « dark academia » en l’occurrence, et ses atmosphères d’uniformes universitaires et d’architecture gothique. La fiction se laisserait-elle ensuite glisser vers l’autofiction ou sommes-nous toujours dans la fiction ? Avec l’humour british, forcément.

Immigration et intégration avec Quynh Tran

A présent un premier roman magistral qui offre une nouvelle perspective sur la thématique des migrations dans la littérature. De par l’origine en question, vietnamienne, et la forme puisqu’il s’appuie sur les instantanés suggestifs pris par le personnage de la mère. Né en 1989, Quynh Tran a grandi à Jakobstad (Finlande) et vit aujourd’hui à Malmö (Suède). Son premier roman, « Ombre et Fraîcheur« , a reçu de nombreux prix prestigieux, dont les prix Runeberg, Svenska Yle et Borås Tidning pour tes jeunes auteurs.

« Années 1990, en Finlande. Dans une petite ville côtière du golfe de Botnie, une femme d’origine vietnamienne et ses deux fils tentent d’organiser leur vie. Mâ rêve de richesse, Hieu de filles de son âge. Le cadet, à l’intelligence précoce, mais à bien des égards naïf, raconte leur quotidien. Déployant une inventivité à toute épreuve, Mâ redouble d’efforts pour s’intégrer à la communauté. Ses tentatives se heurtent aux codes sociaux étouffants et aux désirs de ses enfants, animés par des motivations contraires. Face aux tensions grandissantes, l’unité familiale est mise à rude épreuve. Lorsqu’un matin, un policier frappe à la porte de leur appartement, leur existence bascule. » (éditions Castor astral 2025).

Les leçons de l’histoire avec Olivier Norek ?

Restons en Finlande, car j’ai envie de signaler la réédition en poche des « Guerriers de l’hiver » d’Olivier Norek. Ce roman qui a été primé en 2024 n’est pas une nouveauté, mais son succès pour un roman historique se situant en Finlande par un auteur connu pour d’autres genres est notable. On y apprécie toujours son écriture minutieuse et en tension, proche d’une littérature documentaire inspirée des méthodes du journalisme d’enquête et de terrain. Ce titre ne résonne-t-il pas encore plus cette année dans l’actualité géopolitique européenne ?

 » Imaginez un pays minuscule. Imaginez-en un autre, gigantesque. Imaginez maintenant qu’ils s’affrontent. Au cœur du plus mordant de ses hivers, au cœur de la guerre la plus meurtrière de son histoire, un peuple se dresse contre l’ennemi, et parmi ses soldats naît une légende. La légende de Simo, La Mort Blanche. » La veille de Noël 1939, l’Union soviétique tente d’envahir la Finlande. Alors que les Russes s’attendaient à une guerre de quelques jours, les Finlandais se révèlent être des adversaires redoutables, aidés par une nature inhospitalière.