Si l’on vous demande ce que vous connaissez de la littérature luxembourgeoise, vous ne saurez peut-être pas quoi répondre. Depuis novembre le Luxembourg est à la présidence du Conseil de l’Europe, ce qui nous amène à poursuivre avec ce pays notre traditionnel tour d’Europe à la découverte de nos voisins.
Des langues qui sous-tendent la littérature
Le Luxembourg est un petit pays, en taille comme en population, 660000 habitants (500 000 habitants pour l’Eurométropole de Strasbourg), avec pour langue nationale le luxembourgeois, le français et l’allemand étant aussi reconnus comme langues administratives. Mais il est en fait bien plus multilingue en raison de son histoire migratoire. La question de langue sous-tend l’écriture et influence le parcours des écrivains luxembourgeois. La production éditoriale est à la mesure de la taille du Luxembourg, qui a mis en place une politique d’aide à la création littéraire en luxembourgeois, allemand et français, ainsi qu’en anglais. En 2018 Le site Lord.lu recensait 129 nouvelles publications d’éditeurs luxembourgeois pour un total de 1386 œuvres en catalogue. (Source Les défis de la stratégie «Reading Luxembourg» – Reporter.lu).
La littérature de langue allemande est la plus accessible et la plus répandue et depuis quelques années, l’écriture en langue luxembourgeoise se développe mais passe difficilement la traduction. La littérature luxembourgeoise d’expression française est plus modeste en nombre de publications, et peu diffusée en France, la part belle allant à la poésie, bien inscrite dans un tissu international. Peu de romans donc à vous proposer dans nos collections, mais 2 auteurs que la poésie rapproche à mettre en avant.
Jean Portante, littérature de la migration
Jean Portante, écrivain et traducteur luxembourgeois d’origine italienne, est né au Luxembourg en 1950. Il s’est fait connaitre comme romancier avec La mémoire de la baleine (Phi / XYZ / Le Castor astral – 1999). La baleine est le plus ancien des migrateurs vivants ; le voyage a empêché sa disparition. Prenant la baleine comme métaphore, ce roman raconte l’enfance du fils d’un émigré italien au Luxembourg ; un enfant pour qui la notion de voyage oscille entre le « définitivement provisoire » de sa mère et le « provisoire définitif » de son père.
Son importante production poétique lui a valu de nombreux prix littéraires. Son œuvre poétique est ce qu’il appelle un lent « effaçonnement » : il s’agit d’effacer et refaçonner l’écriture pour faire surgir la langue véritable. Il a publié une bonne partie de son œuvre aux éditions du Castor Astral, éditeur indépendant français, qui a contribué à le faire connaître dans la francophonie.
Dans ses romans, il mêle histoire, autobiographie et fiction, pour dénouer les pièges de la mémoire, de l’identité, de l’enracinement, des migrations, thèmes centraux de ses livres. Une dernière fois, la Méditerranée paru en 2024 (editions PHI) clôt la trilogie ouverte en 2015 par L’architecture des temps instables et prolongée, en 2019, par Leonardo. On retrouvera donc les Nardelli de Mrs Haroy ou la mémoire de la baleine devenus Rossi au fil de l’écriture, ainsi que les thèmes de prédilection de Jean Portante : la migration, la guerre, le brassage générationnel, les secrets enterrés dans les couches du temps, l’habile amalgame entre fiction et autobiographie. Avec, cette fois-ci, un détour par les mythes fondateurs du voyage et de l’exil.
Anise Koltz, grande dame de la poésie luxembourgeoise
Anise Koltz, née en 1928 et décédée en 2023 est une poétesse et écrivaine qui a beaucoup œuvré pour la littérature luxembourgeoise et a apporté son soutien à la défense des droits de l’homme et la cause des poètes persécutés. Elle est l’autrice d’une œuvre poétique importante d’abord en allemand puis en français. Son parcours est largement détaillé sur le Dictionnaire des auteurs luxembourgeois, une précieuse ressources en ligne.
Elle est éditée depuis 2007 chez Arfuyen, maison d’édition alsacienne, et reçoit à Strasbourg en 2008 le prix Jean-Arp de littérature francophone pour l’ensemble de son œuvre. Parmi les nombreuses récompenses reçues, elle fut lauréate du Prix Goncourt de la Poésie-Robert Sabatier 2018 pour l’ensemble de son œuvre à l’occasion de la parution de Pressée de vivre en 2018. Ce recueil rassemble des poèmes qui évoquent un éternel recommencement et une incessante métamorphose. « Sa poésie met les mots à l’épreuve du temps, du silence, de la mort et de la condition humaine. Chargée de refus, de péchés dévorants, passeuse de contrées et de civilisations lointaines, notamment logées sur les berges du Nil, elle dissèque un monde détraqué dans lequel oiseaux funestes et consciences écorchées sont traversés de sourdes révoltes ».
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