Andreï Kourkov, le plus célèbre écrivain ukrainien d’expression russe, est né en Russie en 1961 et vit à Kiev. Depuis la publication de son roman « Le Pingouin », ses livres sont traduits dans le monde entier. « Les Abeilles grises », Prix Médicis étranger 2022, a reçu un accueil international exceptionnel. Les romans d’Andreï Kourkov se caractérisent par un regard acéré et ironique sur la vie dans les sociétés post-soviétiques. On y trouve quantité de situations absconses de la vie quotidienne russe ou ukrainienne qui, déformées à l’extrême, deviennent surréalistes. La tendresse, l’humanisme et l’humour qui sont sa signature sont d’autant plus précieux en ces temps de guerre. Cette guerre, Andreï Kourkov sait aussi la documenter dans ses journaux.
Les journaux d’Andreï Kourkov
Andreï Kourkov est également l’auteur d’un essai sur la révolution ukrainienne de 2013, Journal de Maïdan (2014). « Du haut de mon balcon, je regarde souvent la fumée qui s’élève au-dessus du centre de la ville. Cette fumée noire, épaisse, celle des barricades en feu, est devenue le nouvel emblème non seulement de Kiev, mais de l’Ukraine tout entière. » Dans ce journal, établi à partir de notes prises sur le vif, Andreï Kourkov raconte un quotidien en temps de révolution et livre un regard à la fois politique et intime sur les événements qui secouent son pays. En 2014 la Crimée est annexée par la Russie, et pour les Ukrainiens, il n’y a aucun doute : la guerre commence avec l’annexion de la Crimée.
Au moment où les forces russes envahissent l’Ukraine et où la guerre devient une réalité dévastatrice, Andreï Kourkov tient une chronique au jour le jour. À la fois journal personnel et commentaire politique, « Journal d’une invasion » commence en décembre 2021, deux mois avant l’invasion. Il explore les relations entre l’histoire ukrainienne et l’histoire russe, et les liens complexes entre les deux langues du pays. En décrivant comment une société pacifique fait face à l’occupation, il nous montre une culture qui, contrairement aux affirmations de Poutine, est singulière et démocratique, libérale et diverse – une culture qui, nous dit l’auteur, « résistera jusqu’au bout » . Avec son regard aiguisé sur les événements et son amour des gens, Kourkov dresse le portrait d’un peuple uni dans la lutte contre sa disparition. Le pain est cuit et partagé au milieu des ruines, une grand-mère fuit sa ville occupée avec son coq sous le bras… Et l’espoir reste le plus fort : des enfants naissent dans les caves, les fermiers cultivent leurs champs malgré les mines, et les personnes déplacées attendent le moment où il sera possible de rentrer chez elles en sécurité. (Ed. Noir sur Blanc, 2023)

« Notre guerre quotidienne » (Prix Transfuge du livre européen 2025) raconte de l’intérieur le combat des Ukrainiens pour sauver leur pays, d’août 2022 à février 2024. Dix ans après l’annexion de la Crimée, deux ans après l’invasion de l’Ukraine, Kourkov se remémore les tentatives de la Russie, depuis plusieurs siècles déjà, pour détruire la culture ukrainienne, c’est-à-dire la culture d’un peuple résolument tourné vers l’Europe. Qu’il évoque le stress extrême des habitants face aux raids aériens, la déportation des citoyens des régions occupées, la corruption éhontée de certains membres du gouvernement ukrainien, le rôle de Zelensky, les financements participatifs pour soutenir l’armée ou les festivités de Halloween, Kourkov nous donne à voir le quotidien d’un peuple en guerre. Un quotidien parfois absurde, marqué par la résistance, la solidarité et une détermination sans faille. Écrit sur un ton tour à tour mordant, tragique ou humoristique, toujours sincère, Notre guerre quotidienne nous permet de mieux comprendre les enjeux du conflit – mais aussi la manière dont il est vécu, au jour le jour, par la population. (Noir sur blanc, 2025).
Andreï Kourkov sera présent pour une rencontre à la médiathèque André Malraux, mardi 5 mai de 18h à 19h30.
Coorganisé par le projet ArtAtWar, l’association MICT France-Ukraine et la Représentation permanente de l’Ukraine auprès du Conseil de l’Europe.

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